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Message par Aouad Djillali Ven 27 Mar 2015 - 11:42

Mars


Le mois de mars nous rappelle beaucoup de souvenirs: journée de la femme, journée de l'arbre, de l'eau. Pour nous, le 19 mars est synonyme de jour de victoire: notre victoire sur le colonialisme; à noter au pas-sage que dans la mythologie grecque, Mars est le dieu de la guerre.
Nous avons passé l'après-midi du 22 mars au cinéma El Feth pour la projection d'un film de Belkacem Hadjadj et une conférence sur les aventures du journal Alger Républicain donnée par Si Tahar et El Houari Dilmi. Il y avait peu de monde dans la grande salle, on était une petite trentaine; sur l'écran il ya une grande avenue de Sidi Bel Abbès, vue dégagée, voie large, circulation fluide, somme toute; le code de la route est bien respecté; à chacun sa priorité. La caméra de Hadjadj se balade un peu partout, voit tout à travers le pare-brise ou par-dessus le capot d'une voiture qui roule; deux minarets d'une mosquée apparaissent de loin, pointés vers le ciel, bien au-dessus des toits des maisons, les sommets noyés dans les nuages. Ils disparaissent au fur e à mesure qu'on s'approche du centre-ville où se trouve la mosquée dont on ne voit pas la façade. Elle est cachée par les piétons qui vont et viennent, vaquent à leurs occupations quotidiennes, le plus normalement du monde. On est dans une 4l jaune qui roule tranquillement. C'est un taxi qui va son petit bonhomme de chemin; le chauffeur serre à droite et s'arrête quand il le faut pour prendre ou descendre ses clients.
La 4L négocie bien les virages des ronds-points, passe au milieu de la foule, roule lentement dans les rues encombrées, ralentit et s'arrête à l'approche des barrages de contrôle, dessert les quartiers populaires et les villages environnants, fait de temps en temps une virée dans la ville de Telagh. Rien à signaler; sauf que le chauffeur est une femme; la première à exercer ce métier. Hep! Une explication s'impose! Gros plan sur les visages pour débusquer un sens ou des sens derrière les traits, les expressions et les paroles. Le chauffeur est en tailleur, la tête couverte non d'une guimpe (khimar) mais d'un châle en soie pour se protéger du froid ou de la poussière; un châle qui sert à l'occasion, de bouclier contre le qu'en-dira-t-on et les commé-rages et des attaques bien calibrées qui viennent d'on ne sait d'où.
La femme taxi est sereine, elle met à l'aise ses clients, surtout les femmes et titille un peu les hommes qui paraissent un peu interloqués et qui restent à court d'arguments pour discuter de l'événement. Ils débitent des clichés qui ne collent pas avec leurs visages émaciés et l'air hagard de leurs yeux. La voix qui leur pose des questions n'est pas derrière une caméra de l'ENTV. Ils sont pris au dépourvu, à l'improviste et donnent des réponses mitigées empreintes de réserve, preuve de leur non-engagement dans les sujets importants; ils ne savent pas ce qui se passe et préfèrent ne pas se démarquer. La discussion tourne d'abord autour de la femme taxi. Hadjadj multiplie les points de vue; il tente d'aborder le sujet à partir de tous les angles. Pour la concernée, sollicitée à ouvrir le bal, la chose est simple, "j'ai perdu mon mari et je me suis retrouvée avec trois enfants sur les bras, sans ressources et sans aucune aide ni de la part de l'Etat, ni de la part de la famille". La logique simplifie la vie, décrasse, débarrasse de la fioriture; maintient la tête froide, met du plomb dans les idées. Il faut gagner sa vie et celle de ses enfants en utilisant les moyens dont on dispose; une voiture et un permis de conduire en l'occurrence et la loi n'interdit pas à une femme d'exercer le métier de taxieur. La logique est inattaquable; c'est pour ça que les hommes se trouvent désarmés et se refugient derrière les idées reçues, les préjugés; bref, derrière des considérations d'ordre culturel et font appel à un discours idéologique qui les absout de tout et les prépare à l'endoctrinement. L'idéologie ouvre des brèches aux manipulateurs de tous poils.
Hadjadj élargit la discussion pour plus d'objectivité, il fait parler d'autres femmes qui ont affronté elles aussi en d'autres temps, des situations difficiles. La femme est déjà présente dans le monde du travail: elle est à l'usine, dans l'enseignante, elle est prostituée, elle est mendiante. Pourquoi pas chauffeur de taxi? Sur ce point, l'expérience des autres femmes est plus qu'édifiante. On leur donne la parole et nous voyons défiler devant les caméras, des visages bruts, sans maquillage, sans coquetterie; des visages de labeur qui ont un langage authentique, spontané; elles mettent à nu tout le poids des coutumes, des habitudes et sur-tout une idéologie bien déterminée qui sert des groupes de pression, incompatible avec l'émancipation (financière) de la femme et l'économie du pays. Voilà l'enjeu principal!
On sort un moment de l'autofiction pour trouver des explications dans le réel et on cite des communiqués de presse qui ont relaté les événements en leurs temps: "les terroristes ont brûlé l'usine de Telagh"; on montre des images prises sur le vif; "les terroristes ont égorgé onze enseignantes", on montre l'endroit  où s'est produit le drame.
Le progrès devient possible, les choses changent, la société évolue quand la femme se libère psychologi-quement et assume ses choix, quand elle brave la peur. Mais elle ne peut pas aller plus loin sans l'aide de l'homme et de la société et sans l'aide de l'Etat. Un acte de sabotage, une rumeur bien orchestrée paraly-sent les consciences et stoppent tout élan.
Le sujet est abordé dans une conférence donnée par des journalistes d' Alger Républicain venus de la ca-pitale sur invitation d'un comité culturel. On connaît Alger Républicain qui disparaît et réapparaît dans les moments de crise. En 1957, son directeur, Henri Haleg a subi les pires tortures parce qu'il a refusé l'éti-quette fallacieuse de "maintien de l'ordre" et surtout, (faute impardonnable) il a identifié le système qui est derrière la répression. Quand on identifie un système, on lui enlève toute crédibilité et donc toute légi-timité à gouverner un peuple. Identifier le grand responsable, dire la vérité, est aussi un enjeu chez nous. C'est ce qui ressort du débat qui a suivi la conférence; beaucoup d'intervenants, notamment un journaliste, ont dénoncé les intimidations, les harcèlements, les manipulations et les dangers qui menacent les journa-listes. On sait qu'un journal ne vit pas sans publicité qui lui assure une autonomie financière. Et c'est jus-tement là le problème essentiel du journal Alger Républicain qui ne comprend pas pourquoi il ne bénéficie pas lui aussi de la manne du pétrole. L'agence nationale de publicité est alimentée par les ministères, les sociétés nationales, les mairies, les établissements publics pour financer leurs annonces (avis de recru-tement, d'appels d'offres, communiqués divers). C'est l'argent du contribuable et il doit être distribué équi-tablement entre les différents journaux ou bien, selon des critères objectifs en rapport avec la qualification professionnelle des journaux.
Chemin faisant, une idée a émergé du débat, plutôt une question: "qui cherche à détruire l'Algérie avec l'argent de son pétrole et quels sont les relais qu'il utilise?" Une idée, ça va ça vient comme dirait l'autre. Sa force dépend de l'ampleur de l'adhésion qu'elle suscite. Pour la petite histoire, en 1957, tous les algé-riens ont fait la grève de sept jours décidée par le FLN, même les gosses ont boycotté l'école. Ceci a con-traint l'Onu à inscrire l'affaire algérienne dans son agenda. Cette idée géniale est de Abane amdane qui a été assassiné quelques mots plus tard, par ses frères de combat, soit dit en passant.

Nous avons fêté le 19 mars au cinéma El feth; dans la grande salle il y avait une trentaine de personnes, peut-être moins, pour écouter des invités venus d'Alger pour nous présenter un livre consacré au Petit Omar tombé au champ d'honneur avec Ali Lapointe et Hassiba Bouali lors la bataille d'Alger. L'auteure Souhila Amirat fait l'éloge de cet enfant hors du commun. Son portrait est brossé à grands traits: intelli-gent, éveillé, conscient des injustices de la colonisation; il quitte l'école et devient agent de liaison dans la zone autonome d'Alger aux côtés de son oncle Yacef Sadi; Larbi Ben M"Hidi l'aimait beaucoup et lui fai-sait confiance. Voilà ce qu'on pouvait dire d'un enfant mort à l'âge de treize ou quatorze ans d'autant plus que l'auteure se limite strictement aux informations données par la mère de l'enfant, évitant ainsi, toute part de subjectivité et donc de fiction qui aurait donné une autre dimension au personnage.
Quoi qu'il en soit, le livre est intéressant ne serait-ce que par le débat qu'il a suscité; une occasion de parler des leçons de l'histoire  de notre pays. Ça nous a permis de sortir de cette habitude de rabâcher des événements passées entre 54 et 62 et réduire la valeur de nos héros à des cérémonies de recueillement pendant les jours de fêtes. "Un seul héros, le peuple"! "Oui", répond quelqu'un dans la salle "mais la révo-lution a été faite par des hommes qui sont connus et qui ont des noms!" L'un n'exclut pas l'autre, en fait, un peuple est grand quand il produit de grands hommes. L'Algérie a donné des hommes qui ont donné des leçons au monde entier. Il serait bon de savoir qui sont ces grands hommes, quel est leur idéal, quels sont leurs valeurs et leurs sacrifices, qu'est-ce qu'ils ont fait pour mobiliser le peuple et rallier les grands intellectuels français à notre. Et puis, la révolution n'est qu'une séquence extrêmement limitée de notre his-toire, laquelle va jusqu'à 2015. Et, l'histoire n'est pas que juxtapositions de faits. L'histoire est aussi une question d'analyse, de synthèse, de bilan. Il serait bon de savoir par exemple, pourquoi dans les années 50, l'Algérie produisait des petit omar et en 2000 des haragas;  pourquoi en 63, à l'appel de Ben Bella, les algériennes se sont présentées en masse pour donner leurs bijoux à l'Etat et pourquoi en 2015, les algériens rassemblent des masses de papiers pour constituer des dossiers d'aide, d'allocation, de crédit.
Enfin, une nation n'est pas une addition d'individualités et la valeur d'un homme (grand ou petit) n'a de sens qu'à l'intérieur d'un moi collectif.
Tout est question de symbiose et d'interaction. Pour moi, le parcours de quelqu'un comme Slimane Amirat est aussi instructif que celui de Larbi Ben M'Hidi ou Abane Ramdane. La preuve, il est mort le même jour que Mohamed Boudiaf.

En guise de conclusion; j'ai décidé à partir de ce jour, de ne plus assister à des activités culturelles dans une salle de cinéma avec une poignée de personnes. Curieusement, d'autres ont pris la même décision sé-parément. Il arrive un moment où un homme sent qu'il est aussi utile de cultiver son jardin comme disait Voltaire. On se rappelle que Baaziz a clôture prématurément sa carrière artistique par une belle chanson "ana el youm, je m'en fous".



Aouad Djillali

Saïda, le 26 mars 2015

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